Pensée du mois

Juillet – août 2020

J’ai un coeur trop rempli, j’ai juste envie qu’on le déleste, peut-être bien que l’oubli ne mord que ceux qui le méprisent… L’oubli, Linda Lemay.

Mon peuple était semblable à des moutons perdus. De montagne en colline, ils allaient en oubliant leur bercail… Jérémie 50.6

Qu’il s’agisse d’un incident mineur du quotidien – j’ai oublié d’acheter du pain – ou d’un acte d’une gravité lourde de conséquences – l’oubli des promesses de fidélité faites à notre conjoint –, l’oubli fait partie de nos vies pour le meilleur et pour le pire. Il est à la fois un ennemi sournois et un ami récalcitrant. Il est aux abonnés absents si nous le supplions de nous aider à faire disparaître des souvenirs que nous n’aimerions pas garder dans nos archives, mais il s’invite sans que nous ayons souhaité sa présence dans tous les domaines de nos vies où il n’a rien à faire, si ce n’est nous causer du tort.

Soyons cependant réalistes, il fait partie de notre humanité, et même s’il ne fait pas partie de nos bagages éternels, il nous accompagnera jusqu’à notre dernier souffle. Il est donc utile d’apprendre à vivre avec.

Tout d’abord, il ne faut pas attendre de lui ce qu’il n’est pas capable de faire. Il ne peut pas guérir nos vieilles blessures d’âme. Si nous tentons de l’utiliser comme cache-misère sur nos plaies non traitées et non cicatrisées, il aggravera la situation. Sous le tapis d’un oubli illusoire, nos déchirures et nos contusions ne peuvent que s’infecter et se transformer en abcès d’amertume (1). Il peut, par contre, être un allié utile pour désencombrer nos mémoires des ecchymoses nettoyées et désinfectées par la grâce et le pardon.

Dans la plupart des autres cas, nous devons être déterminés à lutter contre lui.

Il affecte nos relations avec nos semblables. Une minuscule erreur, un petit faux pas peut facilement effacer des milliers d’actes de bonté, de bienveillance, de respect… un peu comme l’arbre qui tombe et fait plus de bruit que la forêt qui tient debout. N’acceptons pas son négationnisme, apprenons à remettre chaque évènement dans une juste perspective.

Bien évidemment, comme vous l’aviez déjà deviné – je vous sais perspicaces – le domaine de nos vies dans lequel l’oubli est le plus ravageur est celui de notre connexion à notre créateur. Un survol de l’histoire du peuple de Dieu dans les textes de l’Ancien Testament nous donne une image étourdissante de la capacité du coeur humain à oublier. Les miracles les plus époustouflants sont balayés des mémoires par simplement quelques jours de marche dans un désert. La fidélité constante d’un Dieu intervenant sans cesse dans les épreuves est effacée, comme n’ayant jamais existé, dès qu’une courte période faste pointe son nez. L’absence de situations critiques, de péril imminent gomme, jusqu’à la rendre imperceptible, la conscience de la présence de Dieu. Toutes les tentatives mises en place à cette époque pour ne pas oublier – monceaux de pierres, rouleaux, parchemins, bâtiments et autres mémoriaux – se sont révélées vaines. La mémoire de l’intelligence peut se nourrir de rites, de fêtes ou de blocs de pierre, mais la mémoire du coeur, celle qui compte, n’a que faire de ces éléments extérieurs qui deviennent le terreau de la religiosité morte et implacable. Les temps ont changé, le coeur des humains reste le même.
Heureusement, Dieu sait, lui, faire un usage utile de l’oubli. Fort de sa toute-puissance, il décide d’oublier nos fautes, nos transgressions, nos imperfections, tout le mal qui se tapit encore dans nos coeurs (2). Il peut le faire, car la dette du mal a été acquittée par la mort et la résurrection du Christ. Cet oubli n’est pas un cache-misère sur une plaie non traitée, mais la conséquence d’un pardon immense, incompréhensible et cependant bien réel.

Mais ce n’est pas tout, son amour, sa fidélité nous assurent d’une réalité merveilleuse, trop belle pour être crue… mais à laquelle nous devrions pourtant croire : il ne nous oubliera jamais !!! Un « jamais » infini et éternel qui met notre coeur au chaud, qui nous apporte une sécurité qu’aucun bien matériel, aucune richesse terrestre ne pourra jamais nous offrir.
Alors, conscients de nos faiblesses, nourrissons la mémoire de nos coeurs de ces superbes promesses, et demandons-lui la grâce de ne jamais l’oublier. Nous avons notre part à faire, l’entretien de la connexion qui nous relie est de notre responsabilité, pas dans le faire, mais dans le désir et le consentement.

Devant cet été qui se profile, ne laissons pas notre relation intime avec notre Dieu tomber dans l’oubli jusqu’à ce qu’une épreuve imprévue nous jette à terre et nous rappelle que nous avons besoin de lui… nourrissons nos mémoires de coeur, décidons d’y consacrer du temps, afin de vivre réellement cet été au lieu de simplement le traverser dans une brume cotonneuse d’oubli qui nous rejettera sur les rives de la rentrée amnésiques de l’âme, vides, secs et désabusés.

Je vous laisse cette promesse magnifique, à porter en collier pour ces mois à venir : « une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle allaite ? N’a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l’oublierait, moi je ne t’oublierai pas, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains… » (3)

Moi non plus je ne vous oublie pas, loin des yeux pour quelques semaines, mais bien présents dans la mémoire du coeur…

Philip

(1) Hébreux 12.15

(2) Ésaïe 43.25

(3) Ésaïe 49.15-16